Le recueil de jean Barbé "Vers Balisés" connaît un succès franc et massif. Nous nous en réjouissons d'autant plus qu'une plaquette de vers, fut-elle excellente, se vend rarement (!) comme un best seller…

Si nos cinquante exemplaires s'épuisent, Dan Leutenegger est condamné à chauffer ses machines pour une deuxième édition !

Aglaé Vadet


Cadeau : Un inédit de Jean Barbé...



Puisqu'il faut tout admettre
Je sais qu'à force d'attendre à la porte
L'improbable
Sur qui je mise chaque soir au jeu du solitaire
Au bout de mes « peut-être »
Mille fois fossoyeur de l'espérance morte
A force d'essuyer la buée des miroirs

Au bout de mes « peut-être » un jour viendra
Comme neige en décembre
Qui tout recouvrira
Sans pitié ni merci
Je le biglerai quand il viendra aux fenêtres
S'amuser d'un soleil sur le sol de la chambre

Repeindre de bleu ciel les ombres de ma nuit

Il viendra aux fenêtres mais je ne croirai plus à ses promesses
Et me taperai un dernier verre de vin
Doucement
Doucement en relisant la lettre que je ne t'enverrai jamais.
Ce népenthès en moi brûlera les éteules du chagrin

En relisant la lettre
Mes larmes à verser les plus amères
Seront alors celles qui ne me viendront plus
Et triste je serai de ne savoir plus l'être
De ne plus ressentir entre l'os et la chair
Mon crève-cœur gratter de ses ongles pointus

Jean Barbé

 

 

 

Jean Barbé s'insurge, il aime, il se moque, il dévoile, il pleure, mais jamais il ne se résigne.

Tous ses poèmes visent à exterminer l'indifférence, comme s'il la traquait jour et nuit.

Lorsqu'il écrit « mon poème est toujours à écrire », quoi de plus vrai lorsqu'on est l'assassin tout en pudeur du renoncement. Pas de cri de haine, mais la phrase qui cogne au bout de la conscience, pas de larmes exemplaires, mais…

 

Je ne dis rien de plus que ce que mon cœur voit par mes yeux fermés

Et vides du ciel d'été dans l'uniforme azur

Que ce qu'il sait du rose du rouge du pourpre et de l'écarlate

Que ce qu'il sait en songe tirer de vérités

Au distillat du clair et de l'obscur

 

Je ne sens jamais rien que ce que mon cœur tâte

Au panier de la vie comme on cherche un fruit mûr

Du bout des doigts

Comme on cherche son pouls pour conjurer la mort

Je ne dis rien de plus

Que ce qu'il peut encor débattre au point du jour

Du chant d'un rossignol d'un sifflet de vipère

Que ce qu'il peut compter en levant ma poitrine

Les pas d'un condamné dans sa dernière cour

Ou les coups réguliers de la vie qui s'obstine

 

Que ce qu'il peut peser aux portes de l'enfer

De mon amour

De mes colères

Du noir de la misère

Et du blanc des beaux jours

Avec entre eux le gris de l'espérance

Entre les deux comme il balance

 

Je ne dis jamais rien que cette quintessence

Qui saigne et qui s'épanche

Du fouloir de la vie au profond de moi-même

Les forts poisons et l'ambroisie

La fragrance des fougères après la pluie

Ou la larme qui s'est perdue sur ta joue blême

 

Je ne dis rien de plus et ne dis jamais rien d'autre

Que toujours au malheur un bonheur asymptote

 

On ne dit jamais rien au fond dans un poème.

 

Jean Barbé

 

 

Superbe recueil de 94 pages, illustré sur papier photo.

 

 

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