![]()
![]()

A bout portant !
Lire les nouvelles de Dan LEUTENEGGER constitue une expérience déstabilisante, qui comme tout vertige, ne s'oublie pas. Ses pages résistent d'ailleurs à toute classification bien assise, et l'on ne saurait en extraire en deux phases séparées poésie d'un côté et art du récit court de l'autre.
Ses personnages y semblent souvent en proie à l'égarement : un égarement non pas tant psychologique (leur lucidité brille parfois d'une cruauté chirurgicale), ni même banalement spatial, mais bien plutôt temporel : c'est un temps mou, fangeux comme un marécage ou sournois comme les anneaux d'un reptile étouffant, qui les terrifie. Un temps qui n'a littéralement plus de sens, puisqu'il s'enroule ou s'englue au lieu de s'écouler, et bascule donc le monde dans l'absurde.
C'est dans une lutte farouche contre cette absurdité que ces nouvelles se parent, armes et armure, d'une profusion de draperies poétiques, telle la salle de bal chez Poe d'où l'on croyait tenir éloigné, à grand renfort de somptueuses tentures, le spectre de la mort qui finissait toujours par y entrer.
Comme dans un tableau d'Egon Schiele, ce spectre accroché à notre dos ne révèle son ombre que dans l'éclaboussure poétique de la lumière, et nous dessine alors de son doigt de ténèbres les contours épanouis d'une beauté terrifiée.
Isabelle Herbert
Cliquez sur le point
![]()